Ne m’appelez pas Blanche-Neige de Gally Lauteur

ne m'appelez pas blanche neigeJe n’avais pas aimé Il était un rêve, réécriture du conte de La Belle au bois dormant. J’ai voulu laisser sa chance à Ne m’appelez pas Blanche-Neige, une adaptation contemporaine de Blanche-Neige et les sept nains. J’aurais vraiment dû m’abstenir.

Après avoir découvert que sa meilleure amie et son père entretenaient une relation amoureuse dans son dos, Blanche s’enfuit. Elle découvre alors Pomme d’amour, un réseau social, et rencontre des fêtards qui vont l’embarquer dans un autre mode de vie, bien différent du sien !

S’il y a une chose que je ne supporte pas, ce sont les héroïnes qui se disent indépendantes alors qu’elles ne le sont pas du tout ! Et dans cette catégorie, Blanche est plus qu’une princesse : c’est la reine. Décrite comme ayant de la répartie, Blanche proteste mollement quand on cherche à lui imposer des décisions, pour finalement s’exécuter. Elle a faim et veut une pomme jaune ? Et bien non Blanche, prends la rouge. Tu ne veux pas mettre cette robe ? Oui mais tu comprends elle est faite uniquement pour toi, à ta taille… Blanche finira donc par mettre la tenue qu’un gentil garçon lui a choisie. Et pour son destin, l’héroïne fait une fois de plus preuve d’une grande indépendance et… fait des vœux (Et oui, la vie est facile pour les princesses). Blanche veut des amis, hop, elle en fait le souhait ! Elle veut un travail ? Rien de plus simple, il suffit d’en faire la demande et ça lui tombe tout cuit dans le bec. L’indépendance de la femme, c’est vraiment beau : la féministe en moi a vraiment souffert pendant cette lecture.

« Toi, agressé par… une fille ? Tu veux dire encore une qui te fait du rentre dedans ? »

En complément de son manque sévère de caractère, l’héroïne de Ne m’appelez pas Blanche-Neige s’avère être la parfaite Mary-Sue : elle est banale mais tous les garçons tombent sous son charme. Et bien sûr, malgré ses dix-huit ans, Blanche possède une maturité incroyable, un vécu tellement riche qu’elle s’extasie devant l’innocence et la naïveté d’une adolescente de seize ans… Il faut dire que sa jeunesse est tellement loin ! Et quitte à rester dans la caricature, j’ai beaucoup aimé Matthias, l’employeur de Blanche, qui à vingt-quatre ans, a réussi à être prof dans un lycée, prof de soutien et a lancé sa start-up : c’est magique. Et si l’auteur apporte de la nuance sur les « méchants » de l’histoire, c’est fait tellement rapidement que ça en perd toute crédibilité. Les personnages méchants deviennent gentils en un claquement de doigt et nous laissent sur notre faim.

« Une fille qui descend le whisky aussi bien, c’est rare. »

Ne m’appelez pas Blanche-Neige soulève vraiment le problème du sexisme ordinaire : la femme servante et soumise comme fantasme de l’homme, le chagrin d’amour d’une femme se soigne avec de la glace et des comédies romantiques, la fille ambitieuse qui flirte avec des hommes puissants pour réussir… Ne m’appelez pas Blanche-Neige est un roman parfait pour les filles trop romantiques qui estiment que la seule façon de réussir pour une femme est de trouver son prince charmant !

« Vraiment ? Ton « papa chéri » a toujours été le seul homme dans ta vie. Quand vas-tu prendre ta liberté et être en couple ? »

Enfin, j’ai eu beaucoup de mal avec Pomme d’amour, le réseau social de l’histoire. Si l’idée était sympathique au départ, j’ai rapidement déchanté. Personne ne semble s’offusquer devant cette application qui empiète pourtant sur le respect de la vie privée de chacun. Besoin de savoir où se trouve un de vos amis ? Pas de souci, Pomme d’amour le localise pour vous ! Cela renforce le manque de liberté de l’héroïne.

Vous l’aurez compris, j’ai eu un gros problème avec Ne m’appelez pas Blanche-Neige et c’est vraiment dommage car Gally Lauteur a une bonne plume et un bon style. Plus j’avançais dans l’histoire, plus j’avais du mal. Blanche est une héroïne insupportable, Rob un prince charmant que j’ai eu envie de frapper pendant toute ma lecture. A chaque fois qu’il croise l’héroïne, il lui crie dessus, lui explique à quel point elle lui fait du mal en agissant comme elle le fait et lui explique ce qu’elle devrait faire. J’avoue ne pas avoir compris pourquoi Blanche tombait amoureuse de lui. Mais j’ai vite relativisé en constatant que, de toute façon, elle craquait sur chacun des « mâles » qu’elle croisait (pire : elle accepte d’être utilisée pour qu’ils se rendent jaloux l’un l’autre !).

« Ravale ta fierté, Blanche. Je te dis que nous n’avons rien à faire ici. Je suis venu te chercher et tu m’engueules ? »

En conclusion, Ne m’appelez pas Blanche-Neige a été une torture à lire. Seule la plume de l’auteur (et l’espoir d’un revirement de situation) m’a permis de finir ma lecture. Blanche est une héroïne qui pourrait être résumée à « Faites ce que je dis, pas ce que je fais » et c’est vraiment dommage. Mais la bonne nouvelle, c’est que je ne m’essaierais plus à la réécriture de contes… Après plusieurs déceptions, je suis définitivement calmée !

Ne m’appelez pas Blanche-Neige de Gally Lauteur
Edition : Hachette
340 pages – 16€90

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4 réflexions au sujet de « Ne m’appelez pas Blanche-Neige de Gally Lauteur »

  1. Moi aussi, j’ai eu mal à mon féminisme en lisant ce roman… c’est dommage parce que j’aime bien le style de l’auteure, frais et actuel. Mais le message qui se cache derrière… non, vraiment, non.

    J’espère que ta prochaine lecture sera meilleure (petit conseil : lis Radio Silence de Alice Oseman !!! ça fera du bien XD)

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  2. Une oeuvre de haute qualité visiblement XD
    Je crois que l’âge me fait supporter de moins en moins le machisme ordinaire, ainsi que les personnages décrits comme extraordinairement intelligent mais qui agissent avec le QI d’une huître. Le seul bon côté de ce genre d’oeuvres, c’est qu’elles génèrent des critiques hilarantes à lire. Heureusement il existe des détournements intelligents de contes, bien écrits et avec des personnages complexes et bien travaillés comme dans les livres de Catherinne Valente ou Tanith Lee.
    Bref, tu as eu bien du courage de finir ce livre, j’espère que ta prochaine lecture sera plus agréable 😉

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